Mercredi 14 avril 2010
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Nous vivons en reflétant des images que les autres lisent et interprètent à travers le prisme de leurs esprits. Cela dépend de leur mentalité, de leur éducation, d'eux-mêmes (donc de leur
caractère, par exemple), et bien évidemment de ce que nous reflétons, volontairement ou non. Cela peut d'ailleurs entraîner de mauvaises interprétations. Les gens veulent parfois voir ce qu'ils
veulent voir et vous coller l'étiquette qui les arrange. Nous sommes dans un monde d'apparences où le paraître est plus important que l'être.
Depuis des années, je me traîne une image d''intello", de "no-life", voire de "victime". Je ne me plains pas et je vais expliquer pourquoi. "Intello" et "no-life" vont souvent ensemble, mais
qu'est-ce que cela signifie au lycée? Si vous n'avez pas d'amis particuliers, vous êtes un no-life, si vous êtes rejeté, renfermé, solitaire ou autre, vous l'êtes aussi. Vous êtes souvent le
sujet de moqueries rarement voilées et peu subtiles (parce que certains le gueulent tellement fort qu'il est difficile de ne pas l'entendre et de l'ignorer).
Les gens ont souvent besoin d'avoir une brebis galeuse, un bouc émissaire sur lequel s'acharner et s'amuser. On peut l'appeler "geek", "nerd", "no-life" ou "intello", mais le profil est grosso
modo le même. Il s'agit souvent d'une personne mal dans sa peau, pas forcément à l'aise dans ses relations sociales, fuyant et ayant peur des autres, trouvant refuge dans l'imaginaire, etc. Au
final, de mon point de vue, il ne fait rien de moins intéressant que les autres: le social, c'est bien, mais discuter de tout et de rien, ce n'est pas pour moi. Ce "freak" est peut-être bizarre,
mais sa vie n'est pas moins enviable que celle de ses petits camarades. Non, je n'emploierai pas l'argument "lui, au moins, il va réussir dans la vie" car on ne peut pas deviner ce que la vie
réserve à chacun.
Là où ça m'a le plus choqué, cela reste à l'aide aux devoirs où un élève m'a demandé si j'étais un intello. J'y sentais une pointe de moquerie et de mépris, mais c'est peut-être moi qui exagère.
Je hais depuis toujours cette mentalité selon laquelle l'intello, c'est le gars sérieux qui travaille à l'école parce qu'il n'a pas de "vraie vie", le gars dont on peut se moquer, mais vers
lequel on peut aussi se tourner quand on a besoin d'aide, vu que c'est un pigeon et une victime.
Pourtant, j'estime ne pas avoir été le plus touché, loin de là. Je pense que d'autres ont bien plus été victimes que moi, mais il n'y a pas besoin d'être touché directement pour s'indigner d'une
injustice.
Au passage, même si je corresponds pas mal au profil, je précise que, contrairement à ce que dit Shamus Young sur son blog, je
n'ai jamais fait du JDR pour fuir la réalité et les petites injustices quotidiennes, pour m'évader. Je n'ai jamais vraiment vu le JDR de la sorte, en fait.
Ce n'est pas un défouloir à mes yeux, juste un loisir comme un autre. Les loisirs servent à se détendre et oublier nos petites frustrations quotidiennes, non à les rappeler en les rejouant. Je
n'ai jamais vraiment joué un barbare musclé et séducteur qui tuait tout ce qui bouge. Cela ne me correspond pas.
En un sens, oui, d'accord, on joue pour "fuir" ça, mais est-ce vraiment fuir quand il s'agit d'éviter ce qui ne devrait pas exister ? Un loisir sert à s'amuser, donc à mettre de côté ses
problèmes.
Je vais être naïf en disant cela, mais en dehors de ces critiques, je vais quand même faire passer un message: je pense qu'il faut apprendre à aller au-delà de ces choses, à voir plus loin que
notre propre conception car nous avons nécessairement une vision plus ou moins limitée du monde qui ne peut en aucun cas être la vérité.
Un professeur d'Histoire médiévale expliquait que, selon la conception chrétienne médiévale, si on avait des rois, c'était pour punir les hommes. En effet, autrefois, au temps du Jardin d'Eden,
les hommes étaient tous égaux, mais une fois qu'ils sont devenus de terribles pécheurs, il fallait un roi pour les punir.
Bon, je ne crois pas au Jardin d'Eden, ni même à l'idée qu'il faut un tyran pour punir les hommes, mais je trouve que le message pourrait presque être anarchiste: pour que l'anarchie fonctionne,
ne faut-il pas être un grand humaniste et croire en la bonté de l'homme ? L'homme est naturellement méchant, à mes yeux (oui, pour l'humanisme, ce n'est pas trop ça), mais il doit précisément
lutter et se changer lui-même afin de changer le monde (bon, d'accord, c'est plus ou moins dans FullMetal Alchemist, mais je trouve que les messages sur la guerre et la paix y sont très
sympathiques).
Avant de dire qu'il faut éduquer les autres, ne faut-il pas se remettre en question, briser ses certitudes et voir ce qui ne va pas chez nous ? Une réflexion est limitée si elle ne laisse aucune
place au doute (on part avec un postulat de base qu'on refuse de remettre en cause; en l'occurrence, ce serait "j'ai raison et les autres ont forcément tort").
On doit aussi comprendre qu'avec une mentalité pourrie, on ne peut rien changer: ça ne sert à rien de se considérer comme victime ou de désigner un bouc émissaire, on n'avance pas ainsi. En
politique, il ne faut surtout pas écouter les démagogues qui vont coller une étiquette à certains pour gagner des voix ou qui vont vous désigner un ennemi contre lequel lutter. On n'y a jamais
rien gagné. Sérieusement, c'est malheureusement une logique qui marche, mais il ne faut pas uniquement accuser les démagogues. Les actes de chacun importent dans ce genre de combat.
Tout le monde peut céder à la méchanceté, c'est facile. Je pourrais dire: "ils m'embêtent, j'ai été une victime, je les hais", mais le monde ne se portera pas mieux comme ça. Je considère que le
droit au respect est inné et que l'on doit respecter la vie, l'intimité, la vie privée, les opinions et les origines des autres. D'autres ne pensent pas comme moi ? Chacun ses principes, même si
je ne comprends pas leur intérêt. Le respect de l'invidivu est une valeur primordiale.
On n'est pas meilleur que l'autre. L'autre a droit à sa liberté et on n'a pas à s'immiscer dans sa vie personnelle. On peut tout à fait se foutre du jugement des autres et se foutre des autres:
on peut même "emmerder les gens" et leur jugement s'ils jugent. Par contre, on ne peut pas emmerder pour emmerder. Heureux sont ceux qui ne se soucient pas du regard des autres, mais
ceux-là n'ont pas pour autant le droit de considérer que leur ego est supérieur à celui des autres.
C'est en tout cas mon éthique personnelle. Je m'accroche à ces principes et ces valeurs, ce qui n'est pas toujours facile dans un monde malade et fou dont les habitants sont enclins à dire que
les autres sont malades et fous sans jamais se remettre en question. Ne laissez jamais les autres vous écraser. Il n'y a rien de plus terrible pour l'estime de soi. Soyez dignes et honorables. Si
vous ne faites aucun mal, vous avez le droit de vivre en toute sérénité.